07 juin 2008

Rêve septième

Tout le monde connait la légende de Mick
Qui racontait à tous ce qu'il avait vécu :
Il fabulait partout douze histoires épiques,
Si naturellement que bien peu ne l'ont cru.

L'un de ces beaux mensonges est plus particulier ;
Même si des songes de la nuit il relève
Il n'est que poésie, et pour vous le prouver,
C'est en alexandrins que s'écoute ce rêve.

Il était une fois un chaton qui naquît
D'une chatte et d'un Dieu. Par amour pour l'enfant
Le Dieu, c'est bien normal, lui donna douze vies.
Mais il ne vécut pas douze fois plus de temps.

Et dès ses premiers jours, il était adopté
Par un couple tranquille, qui malheureusement
N'avait pu s'empêcher de vouloir un bébé.
Et le chat fut tué, étouffé par l'enfant.

Sa deuxième vie prit effet à l'instant,
Il apparut dès qu'il eût fini de mourir.
Arriva un jeudi, Mickael eût six ans.
Le cadeau qu'il reçut ne pouvait pas souffrir :

Il aurait beau taper, ce n'était qu'un ballon.
Et pourtant Mickael dût frapper un peu fort !
Quand la balle il alla chercher dans les buissons,
Elle avait assommé ce petit chaton mort.

A douze ans Mickael, qui avait déjà fait
Bien du malheur au chat sans en être conscient,
Voulut un animal, qu'il ne pourrait tuer.
"Il devra être gros" se dirent ses parents.

Ils choisirent ainsi un beau berger allemand ;
Mais tout le monde sait ce qu'un chien fait d'un chat !
Comme ce qui doit être ne peut être autrement
Le chien croisa le chat, et en fit son repas.

Quand Mickael quitta l'enfance à 18 ans
Le chaton fut content, et pouvait espérer
Qu'il ne subirait plus les erreurs de l'enfant.
Mais il mésestimait son instinct meurtrier !

Armé d'une carabine, il visait les moineaux,
Les pigeons, les corbeaux, et parfois les alouettes.
Mais tout le monde sait qui mange les oiseaux...
C'est le chat à côté qui s'en prit plein la tête.

Puis vint pour Mickael le moment de partir,
De quitter ses parents, fonder une famille.
Plein de petits enfants qui, cela va sans dire,
Tueront aussi des chats, ou alors des gerbilles.

Tout heureux du départ, l'animal jubilait
Et pour bien le montrer, se frottait aux cartons.
Au moment de partir, comme il se prélassait,
Le pauvre malchanceux passa sous le camion.

La sixième vie du chat n'était pas reluisante :
Il errait dans la rue, personne n'en voulait...
Il déprimait très fort, suivait la sale pente,
Et songeait par moments à se suicider.

Mickael arrosait son immeuble très cher.
Lorsque lui échappa son Château Duplessis,
La bouteille se brisa et les morceaux de verre
Virent percer le chat de multiples saillies.

Puis l'animal fut pris, volant la nourriture
Dans un appartement fraîchement rénové.
C'est pendant qu'il lapait dans un pot de peinture
Que Mickael, furieux, attrapa son balai.

Sentant la mort venir, le chat quitta la place
Par la première issue. Comme il n'était pas haut
Il sauta la fenêtre, mais la mauvaise hélas !
Finit dans la rivière, englouti par les eaux.

Peut-on rester comblé, être un bon chat pépère
Quand ses deux proprios, Mickael et sa femme
Se balancent des fions, des "rentre chez ta mère",
Quand volent les couverts, la vaisselle et les lames ?

Et quand les cris annoncent une séparation
Il arrive parfois qu'entre un oeuf et les blettes
Vienne, sans prévenir, la réconciliation
Autour du petit chat, tué par une assiette.

Pas facile, on dirait, d'être célibataire !
Où est cette chaussette, comment cuire une andouille ?
Abandonné de tous, Mickael désespère
De n'savoir où vider l'eau qu'il y a dans ses nouilles.

Pourquoi dans la cuisine avons nous trois poubelles ?
Où jeter les conserves, où vont les épluchures ?
Et le carton qui miaule, chimique ou naturel ?
Peu importe qu'il griffe, direct au vide-ordures !

Quelques années plus tard, Mickael, toujours seul
S'en sortait un peu mieux avec son quotidien.
Le balai, la vaisselle n'étaient plus des puzzles
Dans son petit studio que comblait son félin.

La maladresse alors ne put être invoquée
Et surtout pas la haine, vous auriez vu sa tête,
Quand un matin de mars, alors qu'il repassait
Le fer lui échappa, et aplatit la bête.

La retraite arriva, la maladie avec.
Mickael oubliait de plus en plus souvent,
De rapporter un livre à la bibliothèque,
De prendre son courrier, ou ses médicaments.

Il fut alors l'auteur d'une triste expérience :
Manquant un rendez-vous qu'il avait tous les soirs,
Il constata qu'un chat de maigre consistance
Ne pouvait vivre vieux sans manger ni sans boire.

On ne sait pas vraiment comment le chat vécut
La mort de Mickael, emporté par le temps.
On le voyait pourtant, l'assassin disparu,
Sa douzième vie vécue tranquillement.

Mais est-ce la tristesse, ou encore les remords ?
Quelle qu'en soit la raison, en face du linceul,
Bien des années plus tard on se demande encore
Comment fit le chaton pour se pendre tout seul.

Posté par Arnaud Nimes à 13:10 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Rêve septième

    Waaaw !

    Posté par El Jj, 11 août 2008 à 20:54 | | Répondre
  • Il est fort celui qui se fait passer pour le concombre !

    Posté par abricot, 17 août 2008 à 09:08 | | Répondre
  • Caillou, pou.
    C'est long, quand même...

    Posté par Tipierre, 02 septembre 2008 à 22:21 | | Répondre
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